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Numéro 7: Presse et Democratie

Table des Matieres

 

INTRODUCTION

Par Federico Mayor

Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO)

Les pays africains, soucieux de développer leurs moyens de communication et de les utiliser en faveur de la démocratie, de la paix, des droits de l'homme et du développement rural, se trouvent aujourd'hui confrontés à un certain nombre de défis. Figurent au nombre des principaux : des infrastructures fragiles et une répartition des moyens de communication de masse inadéquate, un accès et une familiarisation aux nouvelles technologies de communication insuffisantes pour la majeure partie de la population des zones rurales ou de la périphérie défavorisée des communautés urbaines, et, enfin, pour la plupart des habitants, des possibilités restreintes d'utiliser les moyens modernes de communication pour exprimer leurs opinions et leurs points de vue sur des questions d'ordre national et public et ainsi, participer au processus de prise de décision. L'insuffisance du pluralisme et de l'indépendance dans la collecte, la production et la diffusion de l'information et des messages au travers des organes de communication de masse, ainsi que le manque de personnels formés, dotés des compétences et des connaissances requises pour la conception, l'organisation, la gestion et l'utilisation des techniques et des moyens de communication, sont autant de problèmes majeurs supplémentaires dans le secteur de la communication en Afrique. Il ne fait aucun doute que l'ensemble de ces facteurs entretiennent un rapport étroit avec les processus de développement et de démocratisation.

Dans le cadre de ses programmes et de ses activités dans le domaine de la communication, l'UNESCO apporte une assistance technique et un avis consultatif aux pays africains afin de les aider à relever ces défis. Les conditions de l'apport de cette aide reposent sur les termes de la nouvelle stratégie de la communication de l'UNESCO adoptée par la Conférence Générale lors de sa vingt-cinquième session, en octobre-novembre 1989.

L'objecif de la nouvelle stratégie est de rendre l'engagement de l'UNESCO plus opérationnel, d'encourager la libre circulation de l'information aux plans international aussi bien que national et sa diffusion plus large et mieux équilibrée sans aucune entrave à la liberté d'expression, et de renforcer les capacités de communication, tout particulièrement dans les pays en développement, pour leur permettre de participer plus activement au processus de communication.

La nouvelle stratégie de communication invite l'UNESCO à oeuvrer pour la promotion de médias libres, indépendants et pluralistes dans le secteur public comme dans le secteur privé. Elle engage l'Organisation et ses états membres à faciliter et garantir aux journalistes la liberté d'informer et le plus large accès possible à l'information, et les encourage à assurer aux médias publics et privés des pays en développement des conditions et des ressources qui leur permettent de renforcer l'indépendance de leur ligne éditoriale. En réponse à la demande des pays en développement en quête de moyens et de possibilités accrus de faire entendre leur voix, la stratégie de communication s'emploie à renforcer les ressources humaines et les infrastructures de manière à permettre aux individus et aux sociétés une participation plus active au processus de communication.

C'est dans ce contexte que l'UNESCO organise et met en oeuvre, dans les pays africains, un certain nombre d'activités et de projets dans le domaine de la communication dont plusieurs concernent la liberté de la presse, le pluralisme et l'indépendance des médias, et leur utilisation comme outil de promotion de la démocratie. Le Séminaire pour le développement d'une presse africaine indépendante et pluraliste, organisé à Windhoek, en Namibie, du 29 avril au 3 mai 1991, tient une place privilégiée parmi ces activités.

Les participants à ce séminaire ont adopté la Déclaration de Windhoek qui stipule que "la création, le maintien et le renforcement d'une presse indépendante, pluraliste et libre sont indispensable au progrès et à la préservation de la démocratie dans un pays, ainsi qu'au développement économique." La Déclaration, approuvée par la Conférence Générale de l'UNESCO lors de sa vingt-sixième session, en 1991, entraîna la décision de l'Assemblée générale des Nations Unies du 20 décembre 1993 de proclamer le 3 mai "Journée mondiale de la liberté de la presse".

Le Programme international pour le développement de la communication, créé en 1981, donne également la haute priorité à des projets dont le but est de renforcer le pluralisme et l'indépendance des médias afin de les mettre au service de la promotion de la démocratie et du développement dans les pays africains. Conséquence d'une prise de conscience croissante de l'importance du pluralisme et de l'indépendance des médias sur ce continent, et du lien qu'ils entretiennent avec la démocratie, un certain nombre de pays africains, tels que le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, le Malawi, l'Ouganda, la Namibie, et le Mali, ont décidé de libéraliser leur législation en matière de médias et d'accorder une indépendance et une liberté accrues à la presse, tout en autorisant la participation du secteur privé dans les médias radiotélévisés. A différentes occasions, l'UNESCO a offert une assistance technique et le conseil d'experts et a mis en place des sessions de formation pour les personnels des médias.

L'UNESCO a également entrepris, ces dernières années, différentes actions en faveur de médias indépendants et pluralistes : création et renforcement des infrastructures médiatiques, et recours à la formation des personnels des médias de manière à enrichir leurs connaissances et leurs compétences dans l'appréhension de la communication comme outil de promotion de la démocratie, de la paix et des droits de l'homme.

Ainsi, depuis la fin du régime d'apartheid et la venue au pouvoir du Président Nelson Mandela à la suite des élections d'avril 1994, l'UNESCO a participé à la création des conditions nécessaires au développement de médias pluralistes et indépendants en Afrique du Sud et au renforcement des capacités de communication au sein de communautés marginalisées et étouffées durant la période de l'apartheid. En 1996, l'UNESCO a lancé un projet d'une durée de trois ans sur la communication et la bonne gouvernance dans dix pays d'Afrique de l'Ouest ou d'Afrique Centrale : au Bénin, au Tchad, en Guinée Equatoriale, en Gambie, au Ghana, en Guinée Bissau, au Libéria, au Mali, à Sao Tomé et Principe, et au Togo. Le projet vise à renforcer les capacités humaines et techniques des médias en Afrique de l'Ouest et en Afrique Centrale de façon à contribuer efficacement au processus de bonne gouvernance dans la région. Au Mozambique, l'UNESCO travaille sur un projet similaire dont le but est de consolider la reconstruction nationale, la démocratie et le développement en élargissant l'accès aux médias par le biais de la décentralisation et de la création d'infrastructures médiatiques au niveau des provinces et des communautés. Au Rwanda, l'UNESCO a lancé un projet dont le but est d'accroître les compétences des professionnels des médias et de garantir le bon fonctionnement de médias indépendants et la bonne marche du service public de radio et de télévision. Ce projet prévoit l'organisation d'une série d'ateliers et de séminaires de formation à l'intention des journalistes, la fourniture d'équipement, et la création d'une maison de presse ruandaise conçue comme un lieu de rencontre et de formation pour l'ensemble des professionnels des médias, indépendamment de leur appartenance ethnique, de leurs convictions politiques et de leur confession religieuse.

Au coeur même du programme de l'UNESCO en matière de communication en Afrique, nous retrouvons l'engagement de l'Organisation en faveur de la liberté d'expression et de la liberté de la presse, de l'indépendance des médias et de leur pluralisme, autant de moyens, pour une société, de promouvoir la démocratie et la paix. Nous partageons ce même engagement avec l'éditeur et les auteurs de Parole à l'Afrique ainsi qu'avec les journalistes et les professionnels des médias sur l'ensemble du continent. C'est pour cette raison que j'accueille avec enthousiasme cette publication qui sera, sans nul doute, une très précieuse contribution à la documentation existante sur le thème de la démocratie en Afrique.

 

 
 
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